Le conte de la petite planète

La petite planète

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Il était une fois une petite planète qui vivait toute seule au fond de l’univers. Elle était seule
depuis si longtemps qu’elle ne pouvait même plus se souvenir de quand datait sa dernière
rencontre avec ses amies, les autres planètes. Enfin… elle devrait plutôt dire ses anciennes
amies, car il semblait bien que plus personne ne lui rendait visite ou ne prenait de ses
nouvelles.
Avait-on fini par l’oublier ? Ça, elle ne pouvait pas l’imaginer!
Elle se souvenait d’avant, du temps où elle retrouvait toutes les planètes de sa galaxie l’aprèsmidi
ou pendant les vacances, pour papoter, pour s’amuser, pour passer de bons moments
ensemble! Comme c’était gai ! Mais, comme c’était loin ! Il y avait si longtemps que ses amies
n’avaient plus invité la petite planète. On aurait dit qu’elle avait été mise à l’écart et cela la
rendait très triste, car elle ne savait pas pourquoi.
Un jour, à des milliers de kilomètres de là, un scientifique qui était en train d’étudier l’univers
dans son laboratoire d’astronomie la remarqua à travers son télescope. Il vit qu’elle était
toute seule et bien éloignée des autres. Il régla tous ses instruments pour pouvoir l’observer
de près.
Ouh là là, quelle catastrophe ! Il voyait très nettement que la petite planète était sale, pleine
de poussières, elle était fripée et desséchée, il semblait y faire vraiment très chaud et son
eau était toute dégoûtante. Avec ses appareils super-puissants, il put faire une analyse de
l’air pour se rendre compte que la planète puait! Pouh! Pas étonnant, se dit-il, que les autres
s’en éloignent!
Il voulut comprendre ce qui s’était passé. Il régla encore ses instruments et brancha son
micro, il voulait parler à la planète, lui demander ce qui lui était arrivé, car de sa vie
d’astronome, il n’en avait jamais vu une seule en aussi mauvais état.
- Allo, allo ! Petite planète grise, vous m’entendez ?
- Krrrr krrrrr…
- Allo, allo ! Je répète : Petite planète grise, vous m’entendez ?
- Krrrr krrrrr… Mais…mais… c’est à moi qu’on parle ? Je n’arrive pas à y croire ! Oui, oui, je
vous entends !!
- Oui, c’est bien à vous que je parle. Bonjour, je suis un scientifique et je viens prendre de vos
nouvelles. Comment allez-vous ? Vous me semblez bien isolée, que se passe-t-il ?
- Oh oui, je suis seule, en effet, et je ne comprends pas pourquoi. Il est vrai que je ne me sens
pas en très grande forme, ça doit être parce que je suis vieille…

- Vieille ? Mais non, vous n’êtes pas vieille voyons, vous n’avez que 4 milliards et demi d’années,
vous êtes en pleine jeunesse ! Croyez-moi, d’autres planètes sont bien plus âgées que vous !
Mais par contre, vous semblez tristounette là toute seule dans votre coin, on dirait que vous
êtes malade, que vous est-il arrivé?
- Je ne comprends pas, tout a bien été pendant des millions d’années. Oh, j’ai bien connu
quelques catastrophes naturelles qui m’ont secouée, des volcans en ébullition, des glaciations,
du chaud, du froid, pas d’air, trop d’air, mais je m’en suis remise, vous pensez bien, avec
toutes ces années d’expérience, j’ai pris l’habitude de m’adapter.
Mais là, dernièrement, je n’arrive plus à contrôler ce qui m’arrive, tout va trop vite, je n’ai pas
le temps de m’adapter.
J’ai remarqué que je perdais mes forces, je ne sais plus faire les choses comme avant, c’est
comme si j’épuisais mes propres réserves…
Et aussi, je n’arrive plus à respirer correctement, j’ai l’impression d’étouffer, c’est comme si
mon air était sali…
Et aussi, j’ai de plus en plus chaud, je n’arrive plus à m’aérer, c’est comme si j’étais enfermée
dans une serre…
Et aussi, je me sens très sale et j’ai beau me laver, ça n’y change rien, c’est comme si même
mon eau n’était plus propre…
Et aussi, ….
- Hola! hola! Stop! Arrêtez! Je ne comprends rien à ce que vous me racontez ! Vous allez trop
vite ! Et puis, qu’est-ce que vous me chantez là, « Mademoiselle Je-suis-malheureuse-etpersonne-
ne-m’aide » ? Et vos habitants, alors ? Ils ne savent pas vous aider ?
- Ben justement… je crois bien que ce sont mes habitants qui m’ont mise dans cet état. Et
c’est un comble, parce que ce sont eux qui souffrent de cette situation ! Moi, vous savez, je
pourrai m’adapter, mais je m’inquiète pour eux…
- Comment ça ? Expliquez-moi ! Allons ! Reprenons les symptômes un par un :
Vous dites que vos réserves s’épuisent? qu’est-ce que ça veut dire ? des réserves de quoi,
d’abord ?
- Ben oui, pendant des millions d’années, j’ai constitué des réserves de charbon, de pétrole et
de gaz à partir d’anciens végétaux et animaux morts. Je les avais fossilisés, ça veut dire que
je les maintenais bien au chaud dans les profondeurs de mes terres. Je me disais que ces
richesses pourraient servir à mes habitants, ils pourraient les brûler pour se chauffer, ils
pourraient aussi s’en servir pour fabriquer de l’électricité et ainsi s’éclairer ou écouter de la
musique, et aussi qu’ils s’en serviraient pour se déplacer en fabriquant de l’essence pour leurs
véhicules…
- Eh bien, n’est-ce pas ce qu’ils ont fait ?
- Si, mais trop ! trop vite, trop fort… en quelques dizaines d’années, ils ont épuisé presque
toute la réserve ! Ce n’est pas équilibré, je sens bien que ce n’est pas bon pour eux. Que
feront-ils quand il n’y en aura plus, hein ?

- Hum, oui, bon, je vois… et ensuite, vous parlez de votre air devenu sale, c’est quoi, ça ?
- Ben justement, c’est lié à ce que je viens de dire: quand mes habitants utilisent le charbon
ou le pétrole cela produit énormément de gaz et de fumées. Bon, d’accord, une partie de ces
gaz, le gaz carbonique, est absorbée par les forêts et les plantes : elles en ont besoin pour
vivre. Mais le problème, c’est qu’il y en a trop, ce n’est pas bon, et de plus, l’autre partie des
fumées est très toxique, elle cause du tort à celui qui les respire. C’est ainsi que petit à petit,
l’air que mes habitants respirent devient sale, pollué et donc: je pue, je dois bien l’admettre…
- Oui, mais cet air pollué, comme vous dites, il s’échappe, le vent le pousse au-delà des nuages,
et on ne le sent plus alors, non ?
- En effet, il monte au-delà des nuages, mais il reste prisonnier de mon atmosphère. Vous
savez, l’atmosphère, c’est cette couche de gaz qui m’entoure toute entière et qui joue un peu
le rôle d’une vitre chauffante pour qu’il fasse bon vivre sur moi, bon comme dans une serre. Eh
bien, à cause de tout ce gaz carbonique, ma serre s’est déréglée et mon climat se réchauffe
de plus en plus. Et je vois bien que mes habitants en souffrent, mon climat se dérègle dans
tous mes continents…
- Oui mais quand il pleut, ça lave l’air et ça le rafraîchit, non ? Alors, les problèmes de
pollution et de réchauffement peuvent être réglés…
- Mais non, parce que je vous ai dit tout à l’heure que même mon eau n’était pas propre ! Et
vous savez pourquoi ? PFFF ! Oh là là ! je suis gênée de le dire, mais c’est encore de la faute
de mes habitants… ce sont eux qui salissent l’eau.
- Mais de l’eau, il y en a tellement dans vos océans ! Et puis, la pluie qui tombe du ciel ou l’eau
des rivières ne peuvent pas être sales, elles paraissent toutes claires ! Où est le problème
exactement ?
- Détrompez-vous ! La pluie qui tombe sur mes terres n’est pas propre car en traversant l’air
pollué, elle absorbe des poussières et des substances nocives. Et mes rivières,
malheureusement, elles ne sont pas très saines non plus, et là aussi c’est la faute de certains
de mes habitants. Savez-vous qu’il y en a qui prennent les rivières ou la mer pour des poubelles
et qui y déversent toutes sortes de déchets ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’eau dans mes océans, mais cette eau est salée et mes habitants
ne peuvent pas la boire. Pour boire, ils ne peuvent utiliser que mon eau douce, c’est-à-dire l’eau
de mes rivières ou de mes réserves souterraines, et de celle-là, non seulement je n’en ai pas
beaucoup, mais en plus ils la salissent et la gaspillent sans arrêt.
Je suis très inquiète et très triste !
Qui voudra encore de moi dans cet état ? Je voudrais tant être encore joyeuse et m’amuser
avec mes copines, les autres planètes de la galaxie !
- Allons, calmez-vous, nous allons trouver des solutions. Vous qui avez tant d’expérience de la
vie, n’avez-vous donc plus de ressources ou d’idées à proposer ?

- Si ! Il existe des moyens de me protéger et de me respecter, mais parfois, j’ai l’impression
que mes habitants ont perdu leur intelligence ou leur bon sens… Heureusement certains
agissent dans le but de me faire vivre le plus longtemps possible encore. Ceux-là utilisent les
énergies renouvelables.
- Les quoi ?
- Les sources renouvelables d’énergie : par exemple, pour se chauffer, au lieu de brûler du
charbon ou du pétrole dont les réserves s’épuisent, ils utilisent la chaleur du soleil ! Celui-là,
on est sûr qu’il sera là encore longtemps !
Ou bien pour fabriquer de l’électricité dans leurs centrales électriques, au lieu d’utiliser du
pétrole, ils utilisent la force du vent. Celui-là aussi, il va encore souffler longtemps et il ne
faut pas beaucoup d’efforts pour l’attraper.
Certains essaient même de remplacer l’essence des véhicules par d’autres substances plus
propres.
Mais en attendant que ces nouveaux systèmes soient performants, il faudrait trouver le
moyen de moins m’épuiser!
Il faut trouver des idées !
Bon, certains s’appliquent déjà à utiliser moins d’objets, à ne pas gaspiller, à consommer moins
et mieux, tout simplement. Ça, je pense que c’est faisable, mais surtout, il faudrait qu’ils s’y
mettent tous, pas seulement quelques-uns…
Je suis fatiguée, je vous l’ai dit, je voudrais tant retrouver ma santé d’avant, mes belles
forêts, mes beaux paysages, mon air pur, mon eau propre. Vous comprenez ?
- Je crois, oui. En somme, ce que vous demandez, c’est que l’on gaspille moins. Moins de bois,
moins de pétrole, moins d’électricité, moins d’eau car tout cela épuise vos réserves et produit
trop de déchets, et donc ça vous pollue, c’est ça ?
- Oui, c’est exactement cela ! Oh, je reprends espoir ! Vous allez pouvoir m’aider, n’est-ce pas,
Monsieur l’astronome ?
- Ecoutez, si je suis tout seul, mes efforts seront insuffisants, mais je vous promets de faire
tout mon possible pour vous aider. Je suis sûr qu’autour de moi, il y a plein d’êtres qui veulent
vous voir en bonne santé et qui auront des idées pour vous protéger.
Je vous rappellerai bientôt pour vous soumettre toutes leurs propositions, d’accord ?
Tous ensemble, nous y arriverons ! Tenez bon, Madame, Madame… ? Tiens, au fait, comment
vous appelez-vous, petite planète ?
- Je m’appelle la Terre…


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